
Le questionneur : Parmi les situations rencontrées, un homme souhaite conclure un acte de mariage alors qu’il vit déjà avec une femme des gens du Livre et commet avec elle le crime de la fornication (Zina).
Le Cheikh : Allahu Akbar !
Le questionneur : Ou bien il ne prie pas, ou il retarde, ou il consomme des choses illicites, etc. Puis il se repent à Allah — Puissant et Majestueux — selon ses dires, et souhaite se marier avec elle. Est-ce permis ? Lui est-il licite de l’épouser ? Et si c’est licite, quel est son devoir pour que le mariage avec cette kitâbiyyahlui soit autorisé ?
Le Cheikh : Je pense que tu as été atteint par la « manie du saut ». Pourquoi n’es-tu pas resté à ta première question : Est-il permis au muslim aujourd’hui d’épouser une femme des gens du Livre ? Ensuite, si le chemin t’était ouvert pour faire un bond de gazelle, tu aurais pu poser la question sur ce pervers (fâsiq) qui vivait avec cette mécréante une vie de — comment appellent-ils cela ? — une vie de concubinage (Akhdân). C’est seulement après que cette question viendrait. Mais je pense que tu n’en auras pas besoin et que tu seras dispensé de la poser si tu connais ma réponse à la question que tu as évitée :
Je tire l’attention avant toute chose sur le verset qui est la référence des savants muslims qui disent — et ils disent vrai — qu’il est permis au muslim d’épouser une femme des gens du Livre. Lorsqu’ils disent cela, ils ne l’entendent pas de manière absolue et sans restriction, mais ils visent le sens global. Allah a dit :
﴿وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ مِنْ قَبْلِكُمْ﴾
« [Et il vous est permis d’épouser] les femmes vertueuses (Al-Muhsanât) parmi ceux qui ont reçu le Livre avant vous ».
D’après ce que nous entendons et savons, et vous qui vivez dans ces pays-là, vous êtes peut-être plus savants que ce que nous entendons : il est devenu très, très difficile qu’une jeune fille mécréante, particulièrement si elle est polonaise ou hollandaise (NdT : je ne sais pas ce qui poussait le chaykh à spécifier ces deux pays car le jugement est général), reste « Muhsanah », c’est-à-dire chaste. Si cela arrive, c’est extrêmement rare, et le rare dans ce genre de cas n’a pas de valeur juridique. Autrement dit : un jeune muslim veut épouser une chrétienne hollandaise. Est-ce que ce qui prédomine dans sa pensée est qu’elle n’a jamais fréquenté d’hommes auparavant, ou bien le contraire ? Répondez-moi avec science : qu’est-ce qui prédomine dans la pensée ?
Le deuxième questionneur : Ce qui prédomine est qu’elle a déjà fréquenté des hommes. Les cas où elles sont chastes, comme vous l’avez mentionné, sont très rares.
Le Cheikh : Baraka Allahou fik. Par conséquent, il n’est pas permis au muslim aujourd’hui d’épouser une femme des gens du Livre, car l’autorisation est conditionnée par le fait qu’elle soit chaste (Muhsana). Or, cela est rare, et le rare ne fait pas loi. Ça, c’est d’un côté.
Maintenant, si le fait est accompli et que le muslim l’épouse, comme cela arrive très, très souvent aujourd’hui parce qu’ils ont pris la règle de manière absolue sans aucune condition… c’est-à-dire qu’il est permis au muslim d’épouser la kitâbiyyah.
La plupart des gens ne connaissent pas cette condition stipulée dans le Qur-ân : S’il n’est pas permis au muslim d’épouser une muslimah fornicatrice, comment pourrait-il épouser une kitâbiyyahfornicatrice ?!
Le questionneur : Allahu Akbar.
Le Cheikh : Quand j’avais environ 30 ou 35 ans (NdT : dans les années 40), j’ai fait la connaissance d’un ancien officier turc qui avait eu l’opportunité, grâce aux conquêtes islamiques, d’atteindre les terres d’Autriche. Il m’a raconté que lorsqu’ils étaient arrivés dans ces pays — c’est-à-dire qu’ils les avaient conquis — ils s’y étaient installés une certaine période. Puis ils furent défaits et durent battre en retraite. Ils apprirent donc là-bas que la coutume locale voulait que la sage-femme, dès qu’elle recevait le nouveau-né, si c’était une fille, elle lui rompait l’hymen avec son doigt par avance.
L’assemblée : Allahu Akbar !
Le Cheikh : Pourquoi ? Pour ne pas créer de problème lorsqu’elle atteindrait l’âge du mariage et que le jeune homme la trouverait non-vierge. Ce n’est pas parce qu’elle fréquentait des amants, mais parce qu’elle avait été déflorée dès sa sortie du ventre de sa mère. Voilà où est arrivé l’égarement de ces gens : tu ne trouves pas de vierge là-bas. Soit parce qu’elle a fréquenté les hommes dans le haram, soit à cause de cette pratique rare.
C’est pour cela qu’il n’est pas permis au muslim d’épouser une kitâbiyyahaujourd’hui. Autrefois, elles s’accrochaient à une morale héritée. Certes elles sont associatrices comme dit le Qur-ân :
﴿لَقَدْ كَفَرَ الَّذِينَ قَالُوا إِنَّ اللَّهَ ثَالِثُ ثَلَاثَةٍ ﴾
« Ce sont certes des mécréants ceux qui disent : « Allah est le troisième de trois » »,
mais elles avaient une part d’honneur et de pudeur. C’était ainsi dans les temps anciens.
Mais aujourd’hui, l’Europe est sortie de sa religion (NdT : encore plus à notre époque), non seulement dans sa croyance, mais aussi dans son comportement et son mode de vie. C’est pourquoi, même si par pur hasard un muslim trouvait une femme juive ou chrétienne vierge, il ne lui est pas permis de l’épouser, même si cette condition est vérifiée — et je pense qu’on ne peut même pas vraiment le vérifier car un médecin pourrait attester d’une virginité qui n’en est pas une.
(Interruption courte sur une salutation d’un tiers)
Le Cheikh : Je disais : même si nous supposions qu’il épouse une kitâbiyyah vierge, cela ne serait toujours pas permis. Pourquoi ? Parce que j’observe une chose que je déduis par raisonnement (Istinbât), contrairement au premier point qui est textuel.
Je dis : même la femme chaste juive ou chrétienne de notre époque, il ne convient pas de l’épouser.
Pourquoi ? Parce que les Juifs et les Chrétiens, en tant que peuples, ont leurs coutumes, leurs traditions et leur culture qui ont trompé beaucoup de nos jeunes muslims à cause de leur contact avec eux chez eux. (NdT : que dirait chaykh s’il voyait le contact avec les kuffars de notre époque à cause des réseaux sociaux…) Si ces jeunes reviennent en terre d’Islam sans avoir été influencés, c’est une grâce d’Allah. (NdT: on peut dire que c’est une exception qui confirme la règle)
Quant aux femmes juives ou chrétiennes, lorsqu’on les amène ici, en terre d’Islam, leur situation aujourd’hui diffère de celle qui prévalait au moment de la révélation du noble verset :
﴿وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ مِنْ قَبْلِكُمْ﴾
(( … et les femmes vertueuses parmi ceux qui ont reçu le Livre avant vous )).
Pourquoi en est-il ainsi ? Vous connaissez, d’après notre précédente recherche, l’interdiction de voyager vers les pays de mécréance ainsi que la prohibition de s’établir parmi les associateurs et de cohabiter avec eux, et la sagesse qui en découle. C’est exactement l’inverse ici : le Législateur Sage a ordonné à celui qui embrasse l’Islam parmi les muslims d’émigrer des terres de mécréance vers les terres d’Islam.
Pourquoi ? Parce qu’il s’adaptera aux coutumes islamiques et en sera imprégné. Ainsi, il en ressortira transformé, non seulement dans sa pensée en témoignant qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah, mais aussi dans son comportement, sa moralité et ses convenances : il sera marqué par l’empreinte de la société islamique.
Le Prophète ﷺ a d’ailleurs fait allusion à cela par sa parole étonnante : « Ton Seigneur s’étonne de peuples que l’on traîne au Paradis avec des chaînes ». Le Prophète ﷺ fait allusion, à travers ce hadith, aux captifs mécréants qui tombent entre les mains de l’armée islamique, puis qui sont répartis entre les membres de cette armée : l’un se voit attribuer un homme âgé pour le servir, un autre reçoit un jeune homme, un autre encore une femme ou une jeune fille, et ainsi de suite. Ils sont alors emmenés comme captifs vers les terres des muslims où chacun reçoit sa part. Le captif vit alors comme un esclave, mais sa servitude parmi les muslims est bien meilleure pour lui que sa liberté en terre de mécréance.
C’est pourquoi nous avons trouvé dans l’histoire islamique beaucoup de ces mécréants qui furent amenés comme captifs, enchaînés dans des fers, puis sont devenus des esclaves chez des maîtres muslims. Nous trouvons parmi eux ceux qui sont devenus de grands successeurs (Tabi’in) et de grands savants parmi les muslims. Parmi eux : Al-Hassan al-Basri, ou encore Abu Hanifa par exemple, dont le père était mage (majussi), et ainsi de suite.
Qu’est-ce qui les a poussés, après avoir été des esclaves, à devenir d’abord muslims, puis à devenir eux-mêmes des maîtres ? C’est le fait qu’ils ont vécu l’Islam ; ils ont alors été émerveillés par la vie islamique, les mœurs islamiques et la croyance islamique, et ils ont ainsi embrassé l’Islam de leur plein gré et non par contrainte.
Aujourd’hui, la situation s’est inversée. La société islamique n’a plus cette influence d’autrefois. Quand une épouse juive ou chrétienne vient vivre dans une société dite islamique, elle y trouve parfois des femmes plus dénudées qu’elle, et elle voit une perversion qui, selon elle, est pire que ce qu’elle voyait chez elle.
La sagesse de l’Islam en autorisant ce mariage était d’amener la femme vers l’Islam via son mari. C’est pour cela qu’Allah n’a pas permis à la muslimah d’épouser un juif ou un chrétien, car l’homme a autorité sur la femme. De même qu’il est impératif pour le muslim de vivre avec son épouse au sein d’une société islamique, il est tout aussi attendu du mécréant qu’il vive au sein d’une société mécréante.
S’il épouse une muslimah, cela signifie qu’avec le temps, cette muslimah finira par devenir mécréante, ainsi que sa progéniture. Et c’est là toute la sagesse [de l’interdiction] mentionnée précédemment : elle sera éduquée par elle selon une éducation occidentale, une éducation non islamique.
C’est pourquoi nous constatons que ce problème est survenu particulièrement dans les pays comme l’Amérique : lorsqu’un muslim là-bas épouse une américaine et s’y installe, les enfants deviennent, avec le temps, l’un s’appelant George, l’autre Tanios, et ainsi de suite, alors que leur père est muslim.
C’est pour cette raison qu’il n’est pas permis au muslim d’épouser une chrétienne, pour deux motifs :
- Les femmes chastes (Muhsanât) sont quasi inexistantes.
- Elle éduquera ses enfants selon le modèle occidental et l’homme ne pourra pas consacrer toute son énergie et ses efforts à éduquer ses enfants selon la voie islamique.
Si tu as compris cela, je pense que tu as ta réponse.
Le questionneur : Baraka Allahou fik.
Le Cheikh : Bien, Monsieur Ali, il est onze heures moins le quart…
Le questionneur (en riant) : Continuez, ô Cheikh !
Un autre questionneur : Ô Cheikh, sur ce même sujet, dans les pays de mécréance, la loi donne souvent la garde des enfants à la femme. Si elle se détourne de son mari, il ne peut plus les récupérer.
Le Cheikh : Et l’enfant reste là-bas.
Le questionneur : Oui.
Le Cheikh : C’est exact, cela arrive effectivement. Oui.
